Suzie Genest Publié le 18 février 2017 par | Mis à jour à 06:30

Salon Fleuri : la retraite après huit décennies

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Rien ne semble avoir changé dans les vitrines du Salon Fleuri, mais sa porte demeure verrouillée depuis le 31 décembre dernier. La réorganisation annoncée sur l’affichette se solde par la retraite de sa dernière patronne, qui clôt les 83 années dans Saint-Roch de cette boutique familiale.

Line Plante, qui se concentrait auparavant sur la fleuristerie, a pris en charge toute la gestion du commerce de la rue Saint-Joseph Est lorsque la santé de son conjoint, Luc Coulombe, l’a amené vers la retraite il y a quelques années. Du même coup, elle a assumé l’administration de la succursale des Halles Fleur-de-Lys (ouverte jusqu’en 2013) et de celle de Place de la Cité, fermée en août dernier.

C’est la mère de Luc Coulombe, prénommée Yvonne, qui a ouvert le Salon Fleuri en 1933, raconte madame Plante. Auparavant, Yvonne Coulombe avait fabriqué des fleurs de tissu dans une usine de Limoilou, selon des techniques apprises en Europe. À 17 ans, son fils Luc est allé étudier la fleuristerie à Chicago, puisqu’une telle formation n’existait pas à Québec à l’aube des années 1960. À son retour, il a travaillé dans la boutique familiale de fleurs naturelles et de soie ainsi que de plantes, qu’il a fini par racheter de sa mère.

Suivre les courants

Les propriétaires du Salon Fleuri ont connu l’avant et l’après Mail Saint-Roch. « Quand ils ont fait le Mail, le quartier a reculé, ce n’était pas l’idée du siècle », estime Line Plante, qui a constaté une importante baisse d’affluence à cette époque d’engouement pour les centres commerciaux en périphérie. Les commandes par téléphone, cependant, se sont maintenues, représentant jusqu’à 95 % de son chiffre d’affaires. Puis, dit-elle, la clientèle est revenue plus nombreuse en boutique avec « Jean-Paul L’Allier, le parc Saint-Roch, les entreprises et les travailleurs qui sont arrivés dans le quartier ».

Le Salon Fleuri a ouvert des succursales à Sainte-Foy et Vanier dans la mouvance du marché, explique la fleuriste, rappelant l’époque où les commerces, les épiceries n’étaient pas ouverts les soirs de semaine ni les dimanches :

Les gens allaient aux halles d’alimentation en soirée et la fin de semaine. Ensuite, quand les épiceries ont ouvert tous les soirs, les halles ont eu des difficultés à leur tour. Il y a eu des courants… »

Si le Salon Fleuri n’a pas été présent sur les réseaux sociaux, il a investi le web très tôt.

On avait déjà un catalogue en ligne quand plusieurs n’avaient pas encore Internet. Même lorsqu’on a eu l’achat en ligne, souvent les clients allaient voir mais commandaient par téléphone. Les gens aiment parler avec les fleuristes, pour poser leurs questions et donner leurs instructions. »

« On a collé dans le quartier ! »

Propriétaire de son espace, le Salon Fleuri le mettra en vente, une fois les évaluations du bâtiment terminées. Le décor de la boutique et ses meubles antiques, harmonisés au cachet de l’édifice et à l’histoire de l’entreprise, y ont toujours été préservés, ce que la clientèle appréciait, mentionne Line Plante. Chaque jour, à son bureau, elle répond à des appels de clients à qui elle apprend la fermeture, mais elle voudrait en rejoindre davantage. « Y aurait-il une place dans votre article pour des remerciements ? », demande-t-elle.

J’aimerais remercier la clientèle pour sa fidélité, dire aux gens que ça a été un plaisir pour nous de s’occuper de leurs commandes, des événements de leur vie. On a opéré ce commerce avec beaucoup de joie; c’est pour ça qu’on a collé si longtemps dans le quartier ! »

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Publié dans Économie, Portraits

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