Suzie Genest Publié le 17 avril 2017 par | Mis à jour à 06:00

Béa Johnson : rencontrer l’équilibre

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Béa Johnson, 2015. Photo : page Facebook Zero Waste Home.

En 2008, la Californienne d’origine française Béa Johnson et sa famille ont renoncé à la consommation superflue et au gaspillage. Leur vie zéro déchet, excessive selon certains, est un modèle pour d’autres, qui poussent parfois la démarche à l’extrême. Celle qui visitera le Cercle ce jeudi insiste pourtant sur l’importance de l’équilibre.

Revisiter les 3R

Bons emplois, maison de banlieue, un walk-in, trois voitures : Béa Johnson, son mari Scott et leurs deux fils vivaient confortablement, entourés de beaux et nombreux objets… jusqu’à ce qu’elle remette en question les habitudes liées à ceux-ci. Et si désencombrer son quotidien, réévaluer ses besoins, libérait temps et énergie pour mieux profiter de la vie en famille, entre amis ?

Graduellement, la famille a jeté du lest, déménagé dans un secteur marchable, adopté une routine plus simple et écoresponsable. Les parents ont troqué la sécurité d’emploi pour une carrière en phase avec ces valeurs. Madame Johnson s’est informée, a expérimenté et tout documenté sur un blogue puis dans le livre Zero Waste Home. Traduit dans une douzaine de langues, il intègre trucs, recettes et carnet d’adresses.

Je présente ce qu’on a testé, ce qui a marché pour nous et ce qui n’a pas fonctionné. Je ne suis pas là pour dire à qui que ce soit comment vivre sa vie. […] Je propose tout un tas d’alternatives, il revient à chacun de pouvoir les adapter à leur propre mode de vie, aux coutumes de leur région, à leur famille, à leur régime », explique Béa Johnson en entrevue téléphonique.

Sa famille applique cinq règles : Réduire, Réemployer, Recycler (les 3R), mais avant tout Refuser – les achats inutiles, les échantillons ou prospectus créateurs de déchets et de besoins… – pour ultimement Composter.

Tester les extrêmes, trouver l’équilibre

Béa Johnson a « testé les extrêmes ». Pour s’assurer que le verre cassé allait au recyclage, elle a dû visiter « deux centres de tri, contacter vingt et une personnes et envoyer des bris de verre par la poste à l’entreprise qui recycle ». Pour trouver son mascara, elle a essayé 22 recettes maison.

epicerie_zerodechet_fevr2016_bjohson_instaCertaines pratiques exigeant trop de temps, de ressources, de sacrifices pour être viables à long terme, elle a adopté des compromis durables. Finis le pain, le fromage et le beurre faits maison, les kilomètres parcourus pour trouver des biscuits Oréo en vrac : elle fait avec les aliments biologiques disponibles à proximité, apportant partout ses contenants réutilisables. Une fois par semaine, sa famille s’accorde un repas de viande, issue d’élevage local, biologique, non industriel.

Il y en qui vont vous dire : si vous n’êtes pas végane, vous n’êtes pas zéro déchet, je ne suis pas d’accord », dit celle que critiquent particulièrement les végétaliens éthiques.

Être zéro déchet, ce n’est pas non plus passer ses journées à la cuisine, insiste-t-elle :

Il y en a qui fabriquent leur propre dentifrice, leur propre nettoyant pour les vitres, le sol, les toilettes, etc. Ça crée de la confusion dans la tête des gens, ça leur dit que pour un mode de vie zéro déchet, il faut tout fabriquer. […] Ça fait peur à ceux qui travaillent à temps plein, comme nous. […] Nous, pour se brosser les dents, c’est du bicarbonate de soude. Pour nettoyer les toilettes, les vitres, etc., on utilise du vinaigre blanc. On ne fabrique pas tout un tas de trucs. C’est un des a priori que je tiens à casser. »

Un autre a priori inquiétait son mari lui-même : le coût, des aliments biologiques notamment. Or en consommant mieux – des biens de seconde main, des produits en vrac, du vinaigre ou du savon de Marseille au lieu d’une panoplie de nettoyants – ils économisent. Les a priori sont parfois nourris par les excès d’adeptes comme cette dame qui, sur un forum, partageait fièrement avec Béa Johnson sa recette de dentifrice maison… fait avec neuf ingrédients emballés.

Néanmoins, le zéro déchet progresse. Selon Béa Johnson, c’est dans la francophonie – en France où abondent les marchés publics, au Québec, en Suisse romande, en Wallonie – qu’il se développe le plus. Ceci s’expliquerait par « une connexion différente avec la nourriture […], les plaisirs simples, la convivialité et la bonne bouffe ».

La conférence de Béa Johnson au Cercle ce jeudi 20 avril à 20 h affiche complet; quelques places pourraient se libérer à l’ouverture des portes.

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Publié dans Environnement

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