Monsaintroch.com Publié le 21 décembre 2016 par | Mis à jour à 06:00

Saint-Roch 1973-2009 par Robert Fleury (2 de 7) « Vous n’avez pas eu peur ? »

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Boulevard Charest Est, angle de l’Église (aujourd’hui du Parvis). Source : Ville de Québec, service de police. Archives du service de l’aménagement du territoire

Journaliste retraité, Robert Fleury a longtemps travaillé dans le quartier Saint-Roch, au journal Le Soleil. Il y a aussi habité de 1990 à 2009. Dans une série de sept billets, il partage ses souvenirs avec les lecteurs de Monsaintroch. Voici le deuxième.

Été 1990. Sur le parvis de l’église Saint-Roch, une vieille dame nous interpelle au sortir de la messe.

— Vous êtes en visite ?, nous demande-t-elle.

— Non, nous venons de nous installer tout près d’ici, lui répond mon épouse.

— Mais vous n’avez pas eu peur ?, nous dit-elle, craintive

— Non. C’est un beau quartier que vous avez là, lui répond Marguerite.

La vieille dame en avait les yeux pleins d’eau. Elle était émue. Penser que des étrangers trouvaient le quartier suffisamment beau pour venir s’y installer dépassait son entendement.

Des laissés-pour-compte

Il faut dire que ça faisait des décennies que l’on faisait la pire des réputations au quartier. Non seulement était-il celui de la prostitution de rue – et le point de départ de la guerre des motards quelques années plus tard – mais on parlait même d’en faire un quartier chaud.

Quand on ne voulait pas d’un centre de thérapie ou d’une maison  de réinsertion sociale pour d’ex-psychiatrisés de Robert-Giffard, on disait ouvertement « envoyez-ça dans Saint-Roch ». Même pour les HLM, à moins qu’ils ne soient destinés à des personnes âgées. Et encore !

Saint-Roch réunissait ainsi bien des laissés-pour-compte qui n’auraient su où aller. Ses résidents en étaient venus à se sentir gênés de dire qu’ils y habitaient.

C’est pourquoi, au début des années 1990, le quartier abritait le plus grand nombre de personnes appauvries au Canada. Devançant Downtown East Side à Vancouver, Hochelaga-Maisonneuve ou Pointe-Saint-Charles à Montréal. Une personne sur deux vivait sous le seuil de la pauvreté.

Le tissu urbain était dégradé. Les maisons de chambres foisonnaient à souhait. Les shylocks faisaient des affaires d’or et maintenaient les plus vulnérables dans un cul-de-sac.

autoroute Dufferin-Montmorency, 1974, W.B. Edwards inc., Ville de Québec, N024636,

C’était là le résultat de décennies d’incurie et de mauvaises décisions de la part des autorités de la Ville et du gouvernement québécois. La construction de l’autoroute Dufferin, au début des années 1970, avait condamné des centaines de résidents à l’exil et fait disparaître une paroisse entière, Notre-Dame-de-la-Paix.

À l’ouest du Carré Lépine, le quadrilatère formé par le boulevard Charest, les rues de la Chapelle, de la Couronne et Saint-Vallier Est avait aussi été vidé de ses occupants dans l’espoir d’y construire une Grande Place. Celle-ci visait à doter le centre-ville d’un immense complexe d’immeubles commerciaux. Projet insensé qui ne s’est jamais concrétisé. Ce secteur allait rester en grande partie à l’abandon pendant presque une quinzaine d’années.

Espoir d’une relance ?

Pas étonnant que les forces vives du milieu, que de nombreuses familles aient quitté ce quartier devenu inhospitalier. Pas de parcs de voisinage, pas d’emplacements pour des maisons de qualité à prix abordable, pas de place pour y élever ses enfants. En toute sécurité du moins. Ne restaient donc que ceux et celles qui ne pouvaient quitter, mais ce n’était pas faute de le vouloir.

Certes, il y avait eu quelques bons coups comme Gabrielle-Roy, une bibliothèque modèle, mais ils se faisaient trop peu nombreux. Si l’économie marchande battait de l’aile, l’économie sociale naissait. On avait parfois l’impression que c’étaient les communautaires qui maintenaient le quartier en vie!

Enfin, restait l’espoir d’une relance. De jours meilleurs à l’horizon…

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Ne manquez pas le prochain billet de la série le 27 décembre : Une capitale vieillotte

Lire le 1er billet de Robert Fleury : « Es-tu tombé sur la tête ? »

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