Valériane Cossette Publié le 5 octobre 2016 par | Mis à jour à 06:00

Gloucester : un délire shakespearien pour vrai !

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Toutes les photos sont une gracieuseté du Théâtre de La Bordée et l’oeuvre de Nicolas-Frank Vachon.

Quand je me suis assise dans la salle du Théâtre de La Bordée, je m’attendais à tout et à rien. Ouverte à tout ce qui pourrait arriver, mais avec l’idée de Shakespeare en tête et dans le coeur.

J’aime Shakespeare depuis que j’ai environ 12-13 ans. J’avais trouvé, je me souviens, une copie à couverture rigide de Roméo et Juliette au fond d’une tablette de la bibliothèque de l’école (ou municipale ? plus certaine). Je l’avais empruntée et je l’avais lue.

Il y avait  dans le langage, dans la poésie, dans les mots un quelque chose qui était pour moi à l’époque indéfinissable et qui me suit encore aujourd’hui.

Par la suite, j’ai lu et vu plusieurs autres de ses oeuvres (même en film) pour les études ou le plaisir, en français, en anglais, en allemand. Oui, il y a sa poétique, surtout dans sa propre langue, mais aussi toute cette imagination, ces drames, ces rires, ces délires mêmes. C’est un peu tout ça que je souhaitais retrouver en venant voir Gloucester, Délire Shakespearien. Et j’ai été servie.

Drames rocambolesques et délires dramatiques

Toute la pièce, du début à la fin, dans les répliques, les situations, est imprégnée de folie. D’imagination. L’histoire est techniquement un drame comme beaucoup d’oeuvres de l’auteur anglais, mais le tout, avec une saveur fantaisiste et drôle, comme William savait si bien le faire aussi. C’est pas compliqué, c’est comme si on avait mis toutes ses pièces dans une seule et qu’on avait shaké le tout.

gloucester_10-nicolas-frank-vachonIci une scène du balcon, là l’apparition d’un spectre, ailleurs une citation, un crâne, Jules César, Richard III, un caliban, une reine jalouse, un roi un peu dingue, un traître nommé Iago… Bref, que ce soit dans l’action, le texte ou les personnages, tout le répertoire shakespearien est revisité avec une pointe d’humour et de culture d’aujourd’hui.

Ça donne un beau mélange dramatico-comico-déliro-rocambolesque où même les gens qui ne connaissent pas l’oeuvre de William auront du plaisir. Car aucun besoin de connaître les vers d’Hamlet pour rire des machinations de la reine et de Iago, de la « naïveté » de Brutus, des chevaux de bois, des malheurs si gros qu’ils en deviennent absurdes. Les rires, ils n’arrêtent pas vraiment. De l’ouverture du rideau à sa tombée (même s’il y en avait pas vraiment, de rideau), on a de la difficulté à reprendre notre souffle.

Une écriture rythmée, drôle

Ce qui m’a probablement frappée le plus, c’est le grand travail d’écriture qui a dû être accompli pour obtenir une pièce si rythmée, drôle. Malgré la durée de 2 h 40, je n’ai eu aucun sentiment de longueur, de scène de trop ou inutile. Tout colle et se déroule à une cadence si effrénée qu’on ne voit pas le temps filer.

gloucester_4-nicolas-frank-vachonsLes jeux de mots, les intrigues, les références, une panoplie de petits détails qui donnent à la pièce son ton, sa vigueur et surtout son intelligence. Car même si on est dans une pièce où l’on rit beaucoup, le texte est empreint d’une culture générale forte : histoire, théâtre, littérature, culture populaire, mythologie, art, etc. Et n’allez pas croire que c’est une pièce pour intello ! Il y a des références pour tout le monde, des blagues de tous les niveaux et genres. De la tête qui parle, en passant par « Kiefer Sutherland », « Gangnam style », « La macarena »  à une mise en abîme du théâtre, tout le monde trouve son compte. Et y voit ce qu’il veut y voir aussi.

C’est un travail de maître, ce texte. Hommage oui à Shakespeare et à ses mots, mais aussi à toute la culture confondue. Aux siècles qui ont suivi l’époque élisabéthaine. À notre monde d’aujourd’hui.

Les personnages sont aussi très bien écrits. Drôles, dramatiques. Leurs diverses personnalités nous amènent à nous attacher à eux, à leurs histoires, à leurs malheurs (ou bonheurs, mais bon, on pastiche Shakespeare ici…). L’exagération de leurs traits, leur façon d’être les rendent uniques et ajoutent souvent à l’humour de la pièce. Par exemple, les trois sorcières, narratrices de la pièce, parlent toujours en groupe (ensemble ou à tour de rôle), chacune avec son style, sa voix — la troisième est quelquefois un peu plus naïve, d’autres fois plus réaliste ou complètement décalée… On adore.

J’entends encore les rires du public totalement happé. Heureux. Un moment de théâtre qui nous amène ailleurs. Nous sort de notre quotidien, tout en douceur et en éclats.

Une interprétation de feu

gloucester_6-nicolas-frank-vachonL’un des points très forts de la pièce est sans contredit le jeu des acteurs. Tous sans exception interprètent leurs rôles (oui, au pluriel !) avec justesse, plaisir et coeur. Et ça se sent ! Les personnages deviennent vivants, vrais. Dix acteurs sur scène qui interprètent chacun, en moyenne, deux à trois rôles. Changements de costumes, de voix, de personnalités en quelques secondes. On est essoufflé pour eux ! Ça brûle les planches, sans contredit.

Même si tous sont plus qu’à la hauteur, j’ai eu mes coups de coeurs personnels. Érika Gagnon, qui nous livre une reine Goneril tout en féminité et complexité : manipulatrice et vengeresse, mais touchante à la fois, humaine dans ses désirs, femme dans son ambition.

Et comment résister à la voix grave et profonde d’Emmanuel Bédard ? Son Brutus, soldat exemplaire et héros de guerre un peu simple d’esprit, nous fait rire bien des fois. Sans oublier Alexandrine Warren, qui dans son rôle de Laevinia explore mille et une formes d’expression corporelles et sonores… Je ne vous en dis pas plus, je vous laisse les découvrir par vous-même.

Décor et mise en scène : bois, escaliers et imagination

gloucester_2_-nicolas-frank_vachonLa mise en scène signée Marie-Josée Bastien, il ne faudrait surtout pas l’oublier. C’est elle qui vient souder tous ces éléments importants ensemble pour créer cette ambiance, ce moment de théâtre. Un mélange de l’ère élisabéthaine (et autres) et de la nôtre. Comme si Shakespeare avait écrit une pièce du 16e/17e avec les connaissances du 20e ou vice-versa, et etc. Des costumes et accessoires de l’époque, mais pas à 100 % (mention spéciale pour les chevaux !). Des décors que je dirais sobres, mais ingénieux : escaliers et structures de bois qui bougent selon les besoins de la scène. Et surtout, cette façon de jouer en partie tout droit sortie du théâtre shakespearien et de sa période avec les acteurs face au public…

Tout pour nous montrer ce qu’aurait pu écrire William s’il avait pu prendre le TARDIS ou toute machine à voyager dans le temps.

Gloucester, c’est à voir

Bref, j’ai eu un plaisir fou et je vous recommande d’en faire autant. Vous ne le regrettez pas. Gloucester Délire Shakespearien est présentée jusqu’au 15 octobre au Théâtre de la Bordée. Pour plus de renseignements (distribution, résumé, etc.) sur cette pièce, visitez la page Gloucester sur le site de La Bordée.

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Publié dans Arts et Culture
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